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«Des efforts sont en cours pour réhabiliter l’hôpital »

Le Centre hospitalier universitaire Souro Sanou (CHUSS) de Bobo-Dioulasso est confronté à de nombreuses difficultés, qui ont amené des organisations de la société civile à protester contre son état délabré, et à demander sa réhabilitation. Nous avons rencontré le directeur général du CHUSS, Kiougou Bamogo. Economiste de santé et en poste depuis août 2011, il évoque dans cet entretien, les initiatives prises pour soigner le CHUSS.


Sidwaya (S.) : Comment se porte le CHUSS de Bobo-Dioulasso que vous dirigez ?

Kiougou Bamogo (K.B.) : Le Centre hospitalier universitaire Souro Sanou se porte assez bien. En tout cas, le CHUSS ne se porte pas plus mal que les autres hôpitaux publics du pays.

S. : Pourtant il y a eu ces derniers temps, de nombreux mouvements de protestation pour absence et mauvaise qualité du matériel technique nécessaire au fonctionnement de l’hôpital, notamment à la radiologie, au bloc opératoire, au laboratoire ou aux urgences. Ces problèmes ont-ils pu trouver solution ?

K. B. : Aujourd’hui, qu’il s’agisse de la radiologie, des laboratoires ou des urgences-porte, le matériel nécessaire au fonctionnement de ces services est disponible et fonctionnel en grande partie. S’agissant de la radiologie, c’est le scanner qui était en panne. Mais la dernière panne du scanner date de mars 2013. Aussi, des équipements plus performants livrés par la Société de gestion de la maintenance biomédicale (SOGEMAB) y sont installés comme la mammographie, la table télécommandée, la chaîne numérisée. Le laboratoire du CHUSS ne s’est jamais porté aussi bien, car des automates de biochimie, d’hématologie et d’anapathologie ont été acquis, installés et sont fonctionnels. C’est vrai, des efforts restent encore à faire, notamment dans certains services de ce département coûteux (bactériologie, parasitologie, urgences) et nous poursuivons ces efforts avec le soutien de la SOGEMAB. Pour les urgences-porte, c’est un nouveau bâtiment qu’il nous faut. Le bloc opératoire quant à lui, connaît des problèmes de tables opératoires. Les tables qui y sont, sont vétustes. Mais le bloc opératoire est dépassé, en termes de capacité d’accueil et d’organisation, surtout pour les programmes. Parce que nous avons des spécialités que nous n’avions pas il y a seulement deux ans, et les salles sont insuffisantes. Pour les urgences, nous sommes parfois débordés, à tel point que certains malades, par faute de place dans les services, reçoivent les soins dans le hall et cela, parce que nous prenons en charge des malades venant de tout l’Ouest du pays, et même de la Côte d’Ivoire et du Mali.

S. : La situation n’est pas aussi enviable au niveau de la pédiatrie du CHUSS de Bobo. Qu’est-ce qui est fait pour y remédier ?

K.B. : C’est vrai, la pédiatrie connaît aussi une fréquentation en hausse vertigineuse. Parce qu’à ce niveau, dans certains des services comme la néonatologie, le Centre de récupération nutritionnelle et l’hôpital de jour pédiatrique, nous avons une très bonne réputation. Ce qui explique cette fréquentation et le fait que les services des urgences de la pédiatrie sont débordés. Nous avons un plan d’équipement et de réhabilitation de nos services, consigné dans notre projet d’établissement, que nous nous efforçons d’exécuter, en tenant compte de nos ressources. Pour l’heure, nous avons pour ambition de délocaliser cette année, l’hôpital du jour pédiatrique, à l’image de l’hôpital de jour adulte qui est un bon exemple de réussite. Il s’agira dans un premier temps, d’avoir de l’espace pour réorganiser le département, redynamiser les urgences pédiatriques, à travers plus d’espace et réhabiliter tout le bâtiment.

S. : Monsieur le DG, où en est-on avec le scanner et le centre d’hémodialyse du CHUSS ?

K. B. : Vous voulez parler du nouveau scanner ? Sinon, le scanner du CHUSS est fonctionnel. Pour le nouveau scanner, sa livraison est prévue au cours de cette année même. Cependant, notre préoccupation reste l’affectation de radiologues. Aujourd’hui, nous n’avons qu’un seul médecin radiologue, ce qui fait que le régime a baissé au niveau des examens de radiologie (examens spécialisés, scanner et échographie), entraînant des rendez-vous de plus en plus longs. C’est vrai, ce type de personnel est quasi inaccessible, mais nous comptons beaucoup sur notre hiérarchie et exploitons également d’autres pistes. Pour le centre d’hémodialyse, le projet est mené par le niveau central et je crois que les études architecturales vont bientôt commencer. Ce que je peux dire, c’est qu’il avance bien.

S. : Un nouveau bâtiment est en construction au sein de l’hôpital. A quoi va-t-il servir ?

K.B. : C’est un bâtiment de type R+1. Vous savez que le CHUSS reçoit des blessés et les urgences chirurgicales de toute la région et des régions environnantes, alors que nous ne disposons que de quatre salles opératoires pour prendre en charge, aussi bien les malades programmés que les urgences. C’est pour cette raison que parfois, certains malades sont suivis dans les couloirs du bloc opératoire. Ce bâtiment est destiné aux urgences chirurgicales, et nous espérons qu’il permettra de désengorger le bloc opératoire central, afin de prendre en charge plus efficacement les urgences qui nous parviennent. Il contient deux salles opératoires, des salles d’accueil, de réveil, d’hospitalisation, des bureaux de médecin, une salle de conférence etc. Ce bâtiment est impératif, si nous voulons répondre aux besoins de la région et des régions environnantes.

S. : Il y a aussi, le problème de personnel. Est-ce que l’hôpital a des ressources humaines en nombre et en qualité pour faire face à ces besoins ?

K.B. : Dans bon nombre de domaines, le manque de médecins est criant. Certains médecins sont seuls dans leur domaine de compétence. Je vous ai donné le cas du radiologue de l’imagerie médicale, qui en plus d’être seul, est un hospitalo-universitaire. C’est-à-dire qu’il partage son temps entre l’enseignement à l’université, la recherche et les soins au CHUSS, ce qui ne le rend pas toujours disponible. Lorsqu’un médecin spécialiste est seul dans son domaine, cela complique les choses, il suffit d’un congé, d’une maladie, d’une formation, colloque, séminaire, d’un cours à l’université … pour que les activités dans le domaine s’arrêtent pendant un certain temps. Vous êtes donc obligé d’évacuer les urgences qui nécessitent son intervention à d’autres lieux. Il y a également des insuffisances moins criantes mais sensibles, au niveau des infirmiers, des sages-femmes et maïeuticiens d’Etat, ainsi que des filles et garçons de salle, amenant ce type de personnel à se sacrifier dans le nombre de gardes (6 à 8 gardes dans le mois, contrairement aux normes de 4 par mois). Le besoin se fait également sentir dans certaines spécialités du corps infirmier, notamment au niveau des attachés de santé en chirurgie.

S. : Comment appréciez-vous le projet de construction d’un nouvel hôpital à Bobo-Dioulasso ?

K.B. : Construit en 1920 et érigé en hôpital national en 1984, le CHUSS était prévu pour accueillir une population d’environ 100 000 habitants. Avec la démographie galopante, il a été dépassé de plus de cinq fois par les besoins de sa ville d’accueil, sans compter le fait qu’il couvre toute la partie Ouest de notre pays. C’est ce qui a amené les autorités de la santé à prendre la mesure de la situation en projetant la construction de ce second hôpital. C’est donc une décision que nous saluons.

S. : La morgue de l’hôpital avait également connu des difficultés. Que s’est-il réellement passé ? Ce problème a-t-il été définitivement résolu ?

K.B. : Dans la nuit du 31mars 2014, ce service a connu une panne de deux moteurs frigorifiques ayant entraîné avec regret, une détérioration des corps qui y étaient conservés. Vu la sensibilité de la situation, tout a été aussitôt mis en œuvre pour réparer les deux moteurs le jour suivant la panne. Deux moteurs supplémentaires ont été acquis pour renforcer la qualité de la conservation des corps. Ce problème est donc résolu et nous avons en projet le renforcement de la capacité et la modernisation de la morgue à court terme.

S. : Les conditions d’accueil et de séjour des malades ont été décriées. Quelles solutions envisagez-vous pour améliorer cet état de fait ?

K.B. : Tout comme les années passées, nous avons cette année encore des réfections qui permettront d’améliorer le cadre d’accueil. Comme vous le savez, les bâtiments sont vétustes et la réfection de chaque bâtiment engendre des coûts énormes. Il faut noter que nous sommes aidés par le niveau central pour certaines réfections importantes à hauteur de centaines de millions de F CFA. Des efforts sont donc faits dans ce domaine, mais beaucoup reste à faire pour améliorer le cadre d’accueil. Sur la période 2013-2014, le CHUSS a acquis 480 matelas et 70 lits pour une capacité d’accueil de 500 lits. C’est dire que tous les matelas ont été renouvelés. Il s’agit d’acquisitions qu’il faut renouveler chaque année afin de remplacer les matelas et les lits les plus endommagés. Pour le matériel, nous sommes appuyés par la SOGEMAB, beaucoup d’équipements ont été livrés et d’autres livraisons sont en cours. Pour ce qui est du personnel, je pense avoir déjà abordé la question. Il convient également de signaler que nous disposons d’un projet d’établissement 2013-2017 qui comporte un plan de rénovation des infrastructures que nous nous efforçons d’exécuter, sans perdre de vue les réfections les plus urgentes et les problèmes ponctuels qui se posent. Nous voulons enfin lancer un appel à la population qui fréquente cet hôpital, à nous aider à entretenir nos installations et à maintenir l’hygiène générale, car les comportements des uns et des autres remettent souvent en cause le travail fait à ce niveau.

S. : L’hôpital de Bobo-Dioulasso reçoit régulièrement des dons. Ces dons répondent-ils à vos besoins ?

K.B. : J’aurais voulu dire oui. La plupart des dons ne sont pas faits par des professionnels. Il arrive fréquemment que des équipements importants soient livrés avec des pièces ou des accessoires importants qui manquent, rendant ainsi le don inutilisable. Cependant, en ce qui concerne le petit équipement, lits, chariots, brancards, matelas neufs… il n’y a pas de problème. L’appel important que nous avons à lancer à tout donateur potentiel, c’est de toujours prendre attache avec l’hôpital avant l’acquisition et la fourniture du don pour obtenir un accord préalable. Car certains donateurs nous donnent du riz alors que nous disposons d’un service traiteur qui offre le repas midi et soir, plus le goûter aux enfants. D’autres nous offrent des médicaments qui se périment dans un mois et qui sont peu utilisés à l’hôpital. D’autres encore nous donnent des lits qui ne répondent pas aux normes d’un CHU, etc. De grâce, venez nous voir avant. Nous vous accueillerons et vous orienterons sur votre aide !

S. : Quelles sont selon vous, les solutions aux problèmes que connaît le CHUSS de Bobo-Dioulasso ?

K.B. : Les solutions, nous les connaissons, et nous les abordons en fonction de nos moyens humains, matériels et financiers. Ils sont de trois ordres : au plan financier, les subventions seules de l’Etat ne suffisent pas, et il faut l’apport des opérateurs économiques, des ONG et organisations internationales, des associations, des assurances, des banques, à travers des conventions et accords particuliers. Au plan infrastructurel et matériel, des efforts sont en cours, mais l’entretien nous revient à nous personnel de l’hôpital et à la population qui le fréquente. Au plan des ressources humaines, les mesures nouvelles (aussi bien le recrutement des personnels formés à titre privé que les bourses pour les personnels spécialisés) vont apporter très rapidement et progressivement, des réponses à ce problème. Au plan organisationnel enfin, nous avons besoin que la conscience de chacun, dirigeants, personnels et usagers de l’hôpital, soit aiguisée et engagée pour la préservation et la promotion de notre hôpital, car c’est un bien qui appartient à tous.

S. : Quel message avez-vous, et pour le personnel de l’hôpital, et pour les usagers ?

K.B. : Au personnel, c’est l’occasion de leur adresser mes encouragements pour leurs efforts, malgré les conditions de travail difficiles. On note une amélioration des indicateurs. Ce qui est nécessaire et vital pour le malade, nous devons l’assurer, aujourd’hui et demain. Ce qui est conforme sera fait demain. Aux usagers, beaucoup de compréhension car nous travaillons dans la précarité, mais aussi, beaucoup de vigilance face aux pratiques malsaines ou déviantes, car c’est le devoir du praticien dans la charte du malade.

SIDWAYA/QUOTIDIEN
Interview réalisée par
Adaman DRABO