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Michel KAFANDO sur RFI : « Le RSP pourrait être déployé dans le cadre de la mise sur pied du contingent spécial pour veiller à la sécurité des Etats »

Invité de RFI ce lundi 2 mars 2015, le président de la transition burkinabè, Michel Kafando répondait aux questions de Christophe Boisbouvier. Le film Timbouctou dont la projection à la 24e édition du FESPACO inquiétait les autorités et le sort du Régiment de sécurité présidentielle qui devait être décidé d’ici à fin Avril, sont les principales d’inquiétudes qui ont trouvé réponse dans cette interview réalisée au 100e jour de la transition. Lisez !

RFI : Finalement le film Timbuktu sera bien projeté cette semaine au FESPACO, mais il y a eu beaucoup d’hésitations. Pourquoi ?

Michel Kafando : En fait, il n’y a pas eu beaucoup d’hésitations, il y a eu plutôt de la prudence. Dès l’instant que nous avons été informés qu’il y avait des menaces dues à la projection de ce film, on s’est accordé un petit temps quand même pour réfléchir et voir s’il fallait franchir le rubicond ; ce qui a été fait. Le gouvernement a pris la décision de faire diffuser le film Timbuktu.
Le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako a eu cette phrase : « les Burkinabè se sont battus pour leur liberté, ce serait dommage que mon film ne soit pas projeté »
Bien sûr ! Vous savez, c’était aussi notre fierté de projeter un film africain qui a été primé sept fois. Mais nous sommes obligés de tenir compte des impératifs sécuritaires, et pour lui et pour nous et pour les festivaliers.

Est-ce qu’il y a eu des menaces sur le festival ces derniers jours à cause de ce film ?

Pas directement. Mais nous avons eu par nos chancelleries à l’extérieur des informations que le film pourrait être menacé et que le festival pourrait être menacé. Mais, pas ici directement. Dès l’instant que nous sommes dans un environnement difficile, vous savez que nous sommes proches quand même du Mali avec tout ce qui se passe là-bas ; nous sommes proches du Nigéria, nous sommes proches du Niger, les menaces de Boko Haram. Donc nous étions obligés d’en tenir compte mais sinon il n’y a pas eu de menaces directes en tant que telles.

Depuis deux mois vous avez une épine dans le pied, selon votre propre expression, il s’agit de l’ancien corps d’élite de Blaise Compaoré, le Régiment de sécurité présidentielle qui refuse d’être dissout et a même réclamé la démission de votre Premier ministre, le lieutenant-colonel Zida. Comment allez-vous faire pour vous enlever cette épine du pied ?

C’est vrai que c’est un problème, je l’ai dit. Mais, enfin avec les concertations que nous avons pu mener et surtout la mise sur pied de la commission nationale pour essayer de se pencher sur la question dans la mesure où tout le monde est maintenant conscient de la gravité du problème y compris ceux du RSP, c’est-à-dire les militaires et les responsables du RSP. Je crois que nous sommes tous tendus vers la nécessité de trouver une solution et je pense que nous y parviendrons.

D’ici combien de temps, le plan de réformes sur lequel travaille la commission sera-t-il sur la table ?

La commission s’est donnée trois mois. Ça veut dire que d’ici fin Avril, Mai, certainement ils auront à revoir ce problème-là !
Et le RSP pourrait-il être réaffecté à des opérations de lutte anti-terroriste ?
C’est possible parce que le RSP a quand-même un effectif de plus de 1000 personnes. Vous savez que pour Boko Haram, l’Afrique de l’Ouest a proposé la mise sur pied d’un contingent de 1500 personnes. Ça peut aller au-delà. Nous attendons simplement le mandat du conseil de sécurité pour que ce contingent se déploie. Il se pourrait que le RSP puisse participer à cette mission. Le RSP pourrait être déployé dans le cadre de la mise sur pied du contingent spécial pour veiller à la sécurité des Etats.

Donc, on peut imaginer que le Burkina Faso s’associe à travers le RSP à la force multilatérale mixte que l’Afrique est en train de mettre en place contre Boko Haram ?

La décision doit venir du conseil national de transition parce que s’agissant de participer à des missions de ce genre, il faut que l’Assemblée nationale, donc le CNT se prononce. Si d’ici là les choses pouvaient être beaucoup plus claires en ce qui concerne la question du RSP, il se pourrait que nous puissions nous engager et engager les autres mais pour l’instant je ne peux pas vous dire avec précision si ça va être fait.

Le porte-parole du balai citoyen, Me Kam a cette formule : « les soldats du RSP, ce sont les tentacules de Blaise Compaoré qui n’est pas complètement parti du pays »…

Nous avons pour tâche de réconcilier le peuple burkinabè et de l’amener à se prononcer à travers les élections qui vont avoir lieu le 11 octobre sur de nouvelles institutions qui seront beaucoup plus démocratiques. En tant que tel, nous faisons confiance à toute la classe politique burkinabè. Et c’est pour ça que nous avons levé la suspension qui pesait sur l’ancien parti, le CDP. Tant que les gens seront sages et se conformeront à ce consensus que nous voulons établir, il n’y a aucun problème. Mais si quelqu’un s’avisait à l’intérieur comme de l’extérieur à menacer la sécurité de la transition, évidemment en ce moment-là, on se cadre et on riposte.

Est-ce que c’est le cas aujourd’hui de l’extérieur, peut-être de Côte d’ivoire ?

Non, pour l’instant en tout cas on ne voit pas de signes visibles. Mais je vous dis simplement que nous sommes prêts et c’est tout à fait normal.

Donc c’est un avertissement à tous ceux qui voudraient déstabiliser la transition ; est-ce que vous souhaitez l’éloignement de Blaise Compaoré, est-ce que vous souhaitez qu’il quitte la Côte-d’Ivoire ?

On n’a jamais posé ce problème parce que c’est un problème qui pour l’instant vraiment ne nous dérange pas.

RFI : Comptez-vous aller bientôt en Côte-d’Ivoire ?

Forcément ! Parce qu’il y a un traité d’amitié entre la Côte-d’Ivoire et le Burkina. Et selon ce traité, nous devons nous rencontrer une fois tous les ans. Donc, nous allons certainement nous rendre en Côte-d’Ivoire pour travailler dans le cadre de cet accord, de ce traité d’amitié et de coopération.

Vous parliez de l’ex-parti au pouvoir CDP, pensez-vous comme beaucoup à Ouagadougou, que ce parti et tous ceux qui ont voulu modifier l’article 37 ne devraient pas avoir le droit de se présenter à la présidentielle du 11 octobre prochain ?

Dès l’instant que le gouvernement a levé la suspension, cela veut dire que les responsables du CDP sont autorisés à se présenter aux élections. Mais avec cette mise en garde que, il faudrait que le CDP se conforme aux dispositions qui sont arrêtées en matière de sécurité par le gouvernement de la transition.

Donc derrière l’affront du RSP, vous voyez la main du CDP ?

Non, pas forcément. Il n’y a pas de preuves tangibles pour faire ce lien. Mais s’il s’avérait d’ici-là que ce lien apparaisse évident, nous allons prendre nos responsabilités comme je vous l’ai dit.

Que répondez-vous Monsieur le président à tous les déçus de la transition qui disent que Ali baba est parti mais que les 40 voleurs sont toujours là ?

Oh vous savez, beaucoup de gens sont déçus parce qu’ils se disent que depuis la transition devait avoir arrêté beaucoup de responsables de l’ancien parti, mais encore faut-il avoir des preuves. Nous sommes en train de faire des audits, nous allons bientôt organiser les états généraux de la justice. Tout cela, c’est pour nous donner les moyens de pouvoir avoir des preuves et de poursuivre ceux qui doivent être poursuivis. Autrement comme cela, nous ne pouvons pas nous mettre à faire une chasse aux sorcières.

Il y a trois mois, vous disiez à notre micro que « ce n’est pas bon de tripatouiller les constitutions dans la charte de l’union africaine, je crois qu’il faut inscrire le principe qu’aucun président ne peut aller au-delà de deux mandats ». Trois mois après, est-ce que vous pensez toujours la même chose ?

Oh, je pense toujours la même chose parce que tant que cela ne sera pas inscrit dans un cadre formel accepté par tous, au niveau par exemple de l’Union africaine, vous aurez toujours des difficultés, parce que vous savez, les hommes sont les hommes hein ! On peut promettre mais ne pas appliquer ce que l’on promet. C’est tout à fait normal que quelqu’un qui est assis au pouvoir veuille continuellement rester au pouvoir. Mais, c’est pour ça qu’il faut une nécessité justement dans le cadre de la nouvelle démocratie pour l’Afrique. Il faut justement, à mon avis, essayer de se donner des règles claires et nettes que tous les Chefs d’Etat respecteront désormais. Je crois que ça sera une très bonne chose pour tous, pour la paix et la stabilité, et aussi pour la démocratie en Afrique.
Monsieur le président, merci !

Retranscrit par Frédéric Hermann Bassolé
Lefaso.net