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ONG « AYUDA DIRECTA -SAFANÉ» Burkinabè de fille et de cœur ! (2/2)
 

Si depuis 1969 Imma visite régulièrement le Burkina en y apportant son soutien humanitaire, ce n’est qu’en 1995 lors d’un voyage dans le cadre du 25ème anniversaire des sacerdoces de la mission de Ouri (30km de Safané) que l’idée est venue de créer une ONG. Emilio PEREZ SALVADOR tout comme Imma et bien d’autres étaient dans le groupe des gens partis de Castellon pour appuyer les religieux dans la célébration de leur anniversaire. Si Imma était déjà « vaccinée » du choc social, c’était maintenant à Emilio d’en prendre pour sa grade : « lorsque nous sommes arrivés à Safané, nous avons vu les conditions des femmes et des enfants, la précarité du système sanitaire et surtout  l’hôpital de Safané qui était dans un état de délabrement avancé (…) où presque plus rien ne fonctionnait. La seule idée qui m’est venue en tête à ce moment-là c’était la mise en place d’une structure dans le but de coordonner des actions solidaires en faveur des habitants de ce village.  Avec Imma nous en avons  discuté et sommes arrivés à la création de AYUDA DIRECTA-SAFANÉ. Cela fait 12 ans déjà que nous existons officiellement.

C’est ainsi donc que AIDE DIRECTE-Safané (la traduction en français) a vu jour. Comme le nom l’indique, l’ONG dirigée par Emilio (président) et Imma (secrétaire) opte pour le développement solidaire et achemine directement l’aide humanitaire sans passer par des structures de gestion qui sont parfois budgétivores et réduisent l’impact de l’aide sur les populations ciblées. AYUDA DIRECTA étant une toute petite ONG, elle ne peut pas se permettre  trop d’intermédiaires. Tout compte fait et à en croire les premiers responsables, cela fonctionne très bien. Chaque projet est d’abord discuté avec les populations locales afin d’apprécier la pertinence ; ensuite vient la dure étape de réunir les fonds nécessaires. Dès que le financement du projet est bouclé, ils passent à l’étape suivante : voyager sur place et superviser les travaux de réalisation du projet en question. « Nous ne pouvons pas nous permettre d'acheter nos billets avec même une petite partie des fonds réunis pour tel ou tel projet connaissant les dures réalités là-bas. Nous sommes conscients  que chaque euro compte beaucoup là-bas ; c’est pourquoi, chaque membre de notre ONG paie toujours en plus,  ses propres frais (ndlr : transport, restauration, etc.) de sa poche ». Nous fera savoir Imma.

Une ONG  comme celle-là ne peut qu’engranger des réussites tout au long de son existence ; au grand bonheur des populations de Safané. Les actions solidaires en leur  faveur sont légion : ce sont plus de quatre-vingt-dix mille euros qui ont été investi par AYUDA DIRECTA rien que ces quatre dernières années. De la reconstruction totale de l’hôpital à la réalisation de forages et de château d’eau, tout y passe : maison du médecin, maison de la matrone, bibliothèque scolaire, vivres pour palier au déficit céréalier, centre d’accueil et de formation des femmes handicapées, etc. Les plus petits ne sont guère oubliés ; en plus de la bourse d’études qui leur est octroyée grâce au parrainage des personnes de bonnes volontés, ces petits élèves de familles très nécessiteuses reçoivent aussi des dotations permanentes en fourniture scolaire. «Nous aurions pu doter  la bibliothèque du centre social d’une quantité énorme d’ouvrages mais ces livres ne serviraient pas ici à cause de la langue (…) donc pour renouveler le stock, nous achetons toujours les livres sur place dans des librairies de Ouaga ou de Bobo » dira Imma sans même faire cas de ces libraires qui deviennent aussi des bénéficiaires collatéraux de l’ONG de Safané.



Mais ce qui émeut davantage Emilio et Imma c’est  de voir que grâce à leurs actions, des personnes handicapées motrices ont pu bénéficier  d’une structure au sein de laquelle elles développent des activités génératrices de revenu. Ces braves femmes produisent des objets artisanaux qu’elles vendent en Espagne  par le truchement de AYUDA DIRECTA. Emilio nous explique : « Une styliste-modéliste de castellon s’est déplacée jusqu’à Safané pour leur donner une formation  en couture. Maintenant, elles font des habits prêt-à-porter au modèle européen mais avec des pagnes africains ou traditionnel. Nous nous chargeons de la vente lors des expositions que nous organisons pour collecter les fonds… et on peut dire que ça marche bien… Évidemment l’argent des ventes leur revient intégralement ».  

Justement en parlant d’exposition, nous avons  eu le privilège de visiter (cf. photo) une œuvre du célèbre sculpteur burkinabè Jean-Luc Bambara à la PLAZA MARIA AGUSTINA de Castellon. Décidemment les actions de AYUDA DIRECTA ont des répercussions même au-delà de Safané, dira-t-on. En effet, la longue collaboration de l’ONG avec l’artiste a permis que ce dernier trouve un espace d’expression artistique dans la péninsule ibérique. L’ensemble sculptural se compose de quatre musiciens d’un orchestre traditionnel (cora, ngoni, djembé, balafon).  Pour ceux qui ne connaissent pas le talent créatif de l’artiste, il est facile de déduire que c’est grâce à cette ONG basée dans cette ville que notre artiste a pu réaliser ce projet là-bas. Même s’il est vrai que AYUDA DIRECTA a servi de lien, Jean-Luc Bambara a dû convaincre par ses œuvres. Imma nous parle de la rencontre avec  Jean-Luc : « c’est lors d’un de nos voyages que nous l’avons connu par l’intermédiaire des sœurs religieuses espagnoles qui sont là-bas. Jean-Luc avait déjà travaillé pour eux. Dès le début, son volontarisme nous a frappés. C’est quelqu’un qui est toujours disposé à aider sans réserve. Notre collaboration dure des années maintenant et il est finalement devenu le représentant légal de notre ONG au Burkina Faso.  C’est lui qui s’occupe à titre bénévole de toutes les démarches préalables au lancement de chacun de nos projets. A vrai dire, il nous apporte une aide inestimable. Et connaissant que Jean-Luc était un sculpteur de renom, nous avions décidé à l’ONG de lui chercher une exposition là-bas. Tout est allé vite après les premières expositions. Ses œuvres ont tellement impressionné que la mairie de Castellon a décidé de lui passer une commande destinée à une place publique… ».


(vue des sculptures de M. bambara)

C’est ainsi qu’on peut dire que les efforts désintéressés de M. Bambara ont finalement accouché d’un honneur fait à lui. Après tout, l’histoire retiendra toujours que la sculpture nommée « Orchestre Ambiance Facile » sur une place de Castellon est l’œuvre du talentueux artiste sculpteur Burkinabé de renommée internationale.

Avant de prendre congé de nos hôtes d’une matinée, nous avons voulu savoir si leur ONG a un projet  pour Safané dans l’immédiat. Et Emilio de répondre : « Safané est comme notre village. En dehors des projets qui nous y amènent nous voyageons là-bas avec ou sans projet à réaliser. Pour nous c’est aussi important d’exprimer notre solidarité à travers des visites sur place. C’est pourquoi nous sommes constamment à Safané. Nous avons d’ailleurs prévu une visite au mois de juillet prochain. Et comme toujours nous ne partirons pas les mains vides. C’est vrai que les donateurs se font de plus en plus rares à cause de la crise économique mais à défaut de financer un grand projet, nous pourrons toujours faire de petites réalisations que nous jugerons très prioritaires. Par exemple l’hôpital qui est maintenant doté d’un bloc opératoire manque pourtant d’énergie pour fonctionner à plein temps. On nous avait rassuré que l’électricité arriverait à Safané à partir de novembre 2011 mais ce ne fut pas le cas. Donc il faut combler ce manque en produisant l’électricité à partir de plaques solaires et d’un groupe électrogène pour assurer le relai au bloc opératoire. ».

Roland Zongo Sanou